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  1 ier cours d histoire de l antiquité

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John Descartes
Professeur d'histoire Antique / Historien


Messages : 10
Date d'inscription : 05/01/2016

MessageSujet: 1 ier cours d histoire de l antiquité    Mer 6 Jan - 0:32

L'histoire de Sumer couvre plusieurs périodes successives :
la période d'Uruk finale (v. 3400-3100 av. J.-C.), très novatrice, qui voit se mettre en place les éléments caractéristiques de la civilisation mésopotamienne antique ;
la courte période de Djemdet Nasr (v. 3100-2900 av. J.-C.) ;
la période des dynasties archaïques (v. 2900-2340 av. J.-C.), marquée par la division du pays de Sumer entre plusieurs cités-États ;
l'empire d'Akkad (v. 2340-2190 av. J.-C.), première unification de la Mésopotamie, par une dynastie non-sumérienne ;
la période « néo-sumérienne », surtout couverte par la nouvelle unification sous la troisième dynastie d'Ur (v. 2112-2004 av. J.-C.).

L'histoire politique est avant tout bien connue à partir de 2400 av. J.-C., car la documentation est trop limitée pour les périodes antérieures. Il reste néanmoins impossible de répondre à de nombreuses questions sur l'enchaînement des événements observés et leur datation, qui reste très approximative.

Origines et premiers États[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Période d'Obeïd et Période d'Uruk.





Ruines du tell principal d'Abu Shahrein, l'antique Eridu, le plus ancien groupe monumental du pays de Sumer à avoir été mis au jour.




L'« expansion urukéenne » : les sites du « centre » situés en Basse Mésopotamie exercent une forte influence sur leurs « périphéries » situées en Haute Mésopotamie, Syrie et Iran durant les derniers siècles du IVe millénaire av. J.‑C.
Les plus anciennes traces de peuplement en Basse Mésopotamie remontent à la seconde moitié du VIIe millénaire av. J.‑C., et sont attestées sur le site de Tell el-Oueilli. Celui-ci présente les premiers développements de la culture de la période d'Obeid, divisée habituellement en cinq phases s'étendant en gros sur le VIe millénaire av. J.‑C. et le Ve millénaire av. J.‑C. Le site le plus important connu pour cette période est Eridu, où ont été dégagés plusieurs niveaux successifs d'un édifice monumental. Cette période verrait l'apparition de chefferies dominant des communautés d'agriculteurs et pratiquant des échanges à longue distance, quoi qu'encore limités23.

Durant la période d'Uruk (IVe millénaire av. J.‑C.), surtout sa phase finale (v. 3400-3100 av. J.-C.), l'évolution de la société entraîna l'apparition des premiers États et des premières villes24,25. Les monuments dégagés à Uruk illustrent la richesse et la créativité de la Basse Mésopotamie de cette période, qui exerça un rayonnement important sur les régions voisines et peut-être une première forme d'impérialisme (l'« expansion urukéenne »26). L'écriture apparut durant les derniers siècles de la période d'Uruk.

En l'état actuel des choses, il est impossible d'établir avec certitude quel rôle ont eu les Sumériens dans ces sociétés. La documentation archéologique ne permet pas d'attribuer ces phases à un groupe ethnique, et il n'y a pas de consensus pour savoir si les premiers textes écrits comportent bien des traces de sumérien. L'origine des Sumériens fait donc l'objet de deux approches opposées :
Le premier type d'hypothèse fait venir les Sumériens d'une région voisine de la Basse Mésopotamie ; ils seraient donc un élément extérieur à celle-ci, et ne participeraient pas forcément aux premières périodes de développement des sociétés du delta mésopotamien. Plusieurs propositions sont alors avancées pour savoir quand les Sumériens seraient arrivés dans la région. Ils pourraient être présents dès la période d'Obeid, parmi d'autres groupes de populations. Ou bien ils pourraient seulement être arrivés au début du IIIe millénaire av. J.‑C., quand les textes contiennent sans ambiguïté possible des éléments grammaticaux en sumérien27.
Le second type d'hypothèse situe l'ethnogenèse des Sumériens dans la Basse Mésopotamie des débuts de la période d'Obeid : les différentes communautés hétérogènes de la plaine deltaïque auraient progressivement fusionné pour former un groupe ethnique, les Sumériens28.

Quoi qu'il en soit il est généralement admis que les Sumériens étaient déjà présents en Basse Mésopotamie durant la période d'Uruk. Ils feraient alors partie (voire seraient l'élément moteur) des créateurs des premiers États, des premières villes, de la première forme d'écriture et des entreprises de colonisation dans les pays voisins durant la période d'Uruk. Mais il faut selon toute vraisemblance admettre que la Basse Mésopotamie était déjà une société polyglotte et donc pluri-ethnique dans laquelle les éléments sumériens, sémites et autres vivaient en symbiose29. Cela se retrouve notamment dans la présence dans les textes anciens de termes qui semblent issus de langues inconnues, notamment dans la toponymie, dans lequel certains ont voulu voir un « substrat pré-sumérien » antérieur à l'installation des Sumériens dans la région, mais qui sembleraient plutôt être le produit de la diversité et de la fluidité linguistique existant dès les époques les plus anciennes30.

Les dynasties archaïques : le temps des cités-États[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période des dynasties archaïques.





Une attestation des conflits entre cités-États sumériennes à l'époque des dynasties archaïques : la Stèle des vautours montrant l'armée de Lagash triomphant des troupes d'Umma. Vers 2450 av. J.-C., musée du Louvre.
La période d'Uruk s'achèva vers la fin du IVe millénaire av. J.‑C., quand débuta la brève période de Djemdet Nasr (v. 3100-2900 av. J.-C.). L'influence mésopotamienne à l'extérieur connut alors un reflux, et des changements sociaux semblent s'être produits, ce que reflèterait notamment la plus grande concentration de l'habitat sur les sites urbains. Mais les capacités des institutions restaient fortes, comme l'attestent les constructions d'Uruk à cette période. Les causes de ces changements restent inconnues (facteurs internes, migrations ?)31.

S'ouvrit ensuite la période des dynasties archaïques (DA, v. 2900-2340 av. J.-C.), divisée classiquement en trois périodes : DA I (2900-2750 av. J.-C.), DA II (2750-2600 av. J.-C.) et DA III (2600-2340 av. J.-C.)32. C'est pour cette période que les textes présentent sans doute possible des termes sumériens, et qu'apparut pour la première fois le terme « Sumer » (KI.EN.GI). L'extrême sud de la Mésopotamie était alors occupé par plusieurs cités-États sumériennes : Uruk, Ur, Lagash (avec sa capitale Girsu), Umma, Adab, Nippur, Shuruppak33. Plus au nord s'étendaient des États dominés par des Sémites, Kish et Akshak ; ces populations étaient peut-être nouvellement arrivées dans la région, depuis la Haute Mésopotamie et la Syrie où elles étaient alors majoritaires comme le montrent les tablettes contemporaines d'Ebla et de Tell Beydar. La vallée de la Diyala était peut-être peuplée quant à elle majoritairement de Sumériens34.

La documentation ne permet pas de connaître l'histoire politique de cette période, en dehors de quelques événements ponctuels attestés par des inscriptions royales du DA III, provenant en premier lieu de Lagash. La tradition mésopotamienne postérieure rapporta les noms de rois semi-légendaires qui ont peut-être effectivement vécu vers le DA II ou le début du DA III, comme Gilgamesh à Uruk, Enmebaragesi à Kish, ou Lugal-Ane-mundu à Adab, mais il est impossible de prouver cela. Le DA III (surtout le XXIVe siècle av. J.-C.) vit des conflits épisodiques entre les différents royaumes, marqués par l'hégémonie temporaire de certains souverains (Eanatum de Lagash, Enshakushana d'Uruk), avant l'émergence de Lugal-zagesi, venu d'Umma et régnant à Uruk, qui unifia la Basse Mésopotamie35.

L'empire d'Akkad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire d'Akkad.





Étendue approximative de l'empire d'Akkad sous le règne de Naram-Sin.




Naram-Sîn d'Akkad, détail de la stèle de la victoire du roi Naram-Sin d'Akkad, musée du Louvre.
La période des cités-États s'achèva par leur unification vers 2350-2340 av. J.-C. par Lugal-zagesi puis par son vainqueur Sargon d'Akkad, venu de Kish, donc d'un pays sémite (qu'on peut désormais qualifier d'« akkadien »). Ce grand conquérant fonda ce qui est considéré comme le premier empire, l'empire d'Akkad, exerçant sa domination sur toute la Mésopotamie. Ses successeurs, en particulier son petit-fils Naram-Sîn, poursuivirent son entreprise en étendant ses conquêtes vers la Syrie et le plateau Iranien et en procédant à des réformes administratives visant à unifier les territoires qu'ils dominaient. Cela n'alla pas sans heurts, puisque les rois d'Akkad durent faire face à plusieurs révoltes, provenant parfois du cœur de leur empire (Kish, Ur, Uruk, etc.)36.

Les rapports entre la nouvelle élite dominante, à majorité akkadienne, et les Sumériens désormais plus indépendants politiquement, sont débattus : certains chercheurs estiment qu'il y a eu une forme d'opposition à base ethnique, mais les arguments en ce sens restent ténus. La séparation entre le nord et le sud de la Basse Mésopotamie, les pays d'Akkad et de Sumer, se reflète en tout cas dans le domaine ethnique, et sans doute aussi social et culturel, même si elle ne généra pas forcément des tensions de type ethnique37. Les anciennes cités-États sumériennes étaient devenues des provinces dans l'empire, dont elles étaient le pilier de la prospérité économique grâce à leurs grands domaines qui avaient été placés sous la coupe des gouverneurs servant les rois d'Akkad38.

La période « néo-sumérienne » et la troisième dynastie d'Ur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième dynastie d'Ur.





Statue de Gudea de Lagash, v. 2120 av. J.-C., musée du Louvre.




L'extension approximative de l'empire de la troisième dynastie d'Ur sous le règne de Shulgi.
L'empire d'Akkad s'effondra un peu après 2200 av. J.-C., pour des raisons encore mal déterminées : des troubles en Haute Mésopotamie et dans le Zagros avaient peut-être affaibli le royaume, qui connut un processus de fragmentation qui atteint finalement la Basse Mésopotamie. La tradition mésopotamienne rapportait que le coup de grâce fut porté à Akkad par un peuple « barbare » venu des montagnes de l'Est, les Gutis. Ceux-ci ne purent en tout cas jamais dominer tout Sumer et Akkad, où émergèrent de nouvelles dynasties indépendantes, surtout connues par le cas de Lagash où la nouvelle lignée de rois était dominée par la figure de Gudea, qui patronna de nombreuses rénovations de temples et des œuvres d'arts. Vers la même période se produisit l'ascension du roi Utu-hegal d'Uruk, qui aurait soumis les Gutis. Il fut ensuite supplanté par un certain Ur-Nammu, sans doute son frère, qui établit une nouvelle dynastie à Ur, la troisième dynastie d'Ur. Ce roi et son fils et successeur Shulgi constituèrent dans les premières décennies du XXIe siècle av. J.-C. un puissant empire qui domina la Mésopotamie et la frange occidentale du plateau Iranien39. La réorganisation administrative qui eut alors lieu aboutit pendant quelques années à la mise en place d'un système souvent qualifié de « bureaucratique », dans lequel l'administration impériale tenta d'exercer un contrôle poussé des ressources matérielles et humaines à sa disposition. Elle a produit des dizaines de milliers de tablettes administratives qui font de cette période la mieux documentée de l'histoire sumérienne40.

Le fait que la domination des rois d'Akkad fût suivie de l'essor de dynasties issues des cités sumériennes (Lagash, Uruk, Ur) prospères économiquement et produisant de remarquables réalisations artistiques et architecturales (statues de Gudea, ziggurats, etc.) et littéraires (en sumérien) a fait que la fin du IIIe millénaire av. J.‑C. a parfois été caractérisée comme une « renaissance sumérienne », réaction à l'indépendance acquise face aux Akkadiens. En réalité, pas plus que pour la période précédente on ne peut suivre une grille de lecture suivant une opposition ethnique entre Sumériens et Akkadiens, qui participaient à une même civilisation41.

La fin de Sumer et des Sumériens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période d'Isin-Larsa.

La troisième dynastie d'Ur s'effondra vers 2004 av. J.-C. après une période de crise et de fragmentation politique, à la suite d'une offensive menée par les Élamites. Cette chute profita en fait à des personnages d'origine amorrite, populations sémites venues manifestement de Syrie, qui installèrent des dynasties dans différentes villes de Sumer et d'Akkad, les deux plus puissantes étant celles d'Isin et de Larsa. Durant les deux premiers siècles du IIe millénaire av. J.‑C., le sumérien était assurément devenu une langue morte. Il l'était peut-être dès la période de la troisième dynastie d'Ur, mais cela est débattu. Il apparaît en tout cas que durant les XXe siècle av. J.-C. et XIXe siècle av. J.-C. le sumérien fut de plus en plus traité comme une langue étrangère par les scribes mésopotamiens, devenu une langue liturgique de prestige et non plus usuelle42.

Les grandes villes du pays de Sumer (en premier lieu Nippur et Ur) restèrent les conservatoires de cette langue, et c'est de cette période que datent la majorité des sources documentant la littérature en langue sumérienne43. Ces villes semblent avoir conservé une identité propre, qui ressortit encore au début de la période de domination de la première dynastie de Babylone (au XVIIIe siècle av. J.-C.) quand elles participèrent à des révoltes qui précédèrent une crise grave voyant leur abandon pour quelques siècles. Les élites lettrées des villes de Sumer migrèrent alors dans plusieurs cités du pays d'Akkad où elles poursuivirent leurs traditions44. Quand les villes désertées se repeuplèrent dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.‑C. sous la dynastie kassite de Babylone, il n'y avait plus de pays de Sumer ou de Sumériens

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Professeur d'histoire antique
Historien
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professeur depuis  15 ans
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John Descartes
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MessageSujet: Re: 1 ier cours d histoire de l antiquité    Mer 6 Jan - 0:35

La création du royaume[modifier | modifier le code]

L'empire d'Akkad est avant tout l'œuvre d'un homme, passé à la postérité comme un des plus grands rois de l'histoire de la Mésopotamie : Sargon d'Akkad8. De nombreuses choses ont été écrites à son propos par différents textes de la tradition mésopotamienne postérieure, à tel point qu'il est souvent difficile de distinguer la réalité historique de la légende9. Un fait reste certain car présent dans plusieurs traditions : Sargon est un usurpateur. Son nom de règne (le seul qui lui soit connu), Šarrum-kîn, signifie en akkadien « le roi est stable », comme s'il avait cherché à faire oublier qu'il n'est pas roi par droit de naissance. La légende racontant sa naissance et son enfance ne le cache pas : Sargon serait le fils d'une prêtresse, qui l'aurait abandonné, avant qu'il ne soit récupéré puis élevé par un puisatier. C'est grâce à l'aide de la déesse Ištar que Sargon, devenu ministre du roi Ur-Zababa de Kiš, serait devenu roi.

C'est donc un usurpateur qui prend le pouvoir dans la vénérable cité de Kiš après un coup d'État vers 2334 (ou plus tard vers 2285)10. Mais à cette période, le roi le plus puissant est Lugal-zagesi, qui règne depuis Uruk. D'après les copies de ses inscriptions postérieures à son règne, Sargon le bat, plaçant toute la Basse Mésopotamie jusqu'au golfe Persique sous sa coupe. Le vaincu est capturé, forcé à porter un carcan et exhibé lors du triomphe de Sargon. Celui-ci met en place des gouverneurs fidèles à sa cause dans plusieurs des vieilles cités-États de Sumer et d'Akkad, constituant un vaste royaume qui a pour centre une ville qu'il élève au rang de capitale, Akkad11.

Les grandes conquêtes[modifier | modifier le code]


Carte mettant en évidence une zone oblongue, de plus de 1 000 km de long et près de 400 km de large, englobant une grande partie vallées du Tigre et de l'Euphrate depuis le nord et l'est de l'actuelle Syrie jusqu'au sud-est de l'actuel Irak. De cette zone partent des flèches vers la côte méditerranéenne au nord-ouest, vers le golfe Persique au sud, et vers le sud-est.


Étendue approximative du royaume d'Akkad à son apogée sous le règne de Naram-Sin, et direction des campagnes militaires extérieures.
Après avoir soumis le Sud de la Mésopotamie, Sargon dirige des expéditions en direction des régions adjacentes du nord-ouest et de l'est8. Vers la Haute Mésopotamie, il a probablement soumis le royaume de Mari, et peut-être celui d'Ebla en Syrie. Mais la chronologie des conquêtes des rois d'Akkad vers l'ouest reste confuse, et on ne sait pas si les destructions attestées sur les sites de la région sont dues aux conquêtes de Sargon, de Naram-Sin, ou bien à des conflits entre royaumes locaux12. Une inscription de Sargon dit qu'il s'est rendu jusqu'à Tuttul sur le moyen Euphrate, où il rend hommage au grand dieu Dagan, qui lui aurait alors conféré la domination des terres allant jusqu'à la mer Méditerranée. Un texte hittite plus tardif raconte que Sargon aurait soumis le royaume de Purushanda en Anatolie centrale, mais il est impossible de déterminer si ce récit fait référence à un événement réel ou légendaire13. Quoi qu'il en soit, il transparaît de ces sources que Sargon a effectué bien plus de conquêtes que les rois l'ayant précédé, ce qui a fortement marqué les esprits.

Sargon meurt vers 2279 (ou 2229) et lui succèdent deux de ses fils, Rimush et Manishtusu. Il est habituellement considéré que le premier a régné avant le second, mais il se pourrait que ce soit l'inverse car c'est de cette façon que la plus ancienne version connue de la Liste royale sumérienne présente l'ordre successoral des rois d'Akkad14. Rimush (« Son cadeau »), qui aurait régné neuf ans, fait face à une rébellion dès son intronisation. Il tient bon, soumet les rebelles dirigés par Kaku d'Ur qui a rallié à lui plusieurs cités (Adab, Lagash, Zabalam, Kazallu). Il a également mené des campagnes contre des royaumes du plateau Iranien (Élam, Awan, Marhashi)10,15. Durant ses quinze années de règne, Manishtusu (littéralement « Qui est avec lui ? », c'est-à-dire « Qui est son égal ? ») mène également à son tour des campagnes en direction du plateau Iranien (contre Anshan, Sherihum), et aussi du golfe Persique puisqu'il prétend avoir soumis le pays de Magan (Oman)16,17. Quoi qu'il en soit de l'ordre de succession de ces deux souverains, il apparaît qu'ils sont en mesure de préserver l'héritage laissé par leur père et même de l'agrandir. Pour la première fois, les conquêtes d'un grand roi ne sont pas perdues à sa mort.

Naram-Sin (« Aimé de Sîn ») monte sur le trône vers 2254 (ou 2202)10,18. C'est lui aussi une grande figure de l'histoire mésopotamienne, mais qui a laissé une image plus négative que son grand-père. Dès son intronisation, il a dû faire face à une grande rébellion en Basse Mésopotamie, menée par deux personnages : Iphur-Kish à Kish qui rallie des cités voisines (Sippar, Eresh, Kazallu) et Amar-girid d'Uruk accompagné par d'autres cités du Sud (Ur, Lagash, Adab, Shuruppak, etc.)19. D'après les traditions se rapportant à cette grande révolte, la répression fut terrible. Naram-Sin fut un grand conquérant, même si la chronologie de ses conquêtes est difficile à reconstituer. Son règne est marqué par des expéditions en Haute Mésopotamie et en Syrie du Nord, vraisemblablement dans la continuité de son grand-père, même s'il est possible qu'il soit le premier roi d'Akkad à soumettre fermement cette région. Comme pour Sargon, des traditions postérieures lui attribuent des victoires sur des rois anatoliens (notamment ceux de Kanesh et du Hatti) dont la réalité reste sujette à caution13. Naram-Sin a aussi remporté des victoires sur l'Élam et Marhashi et aurait à son tour soumis Magan20. C'est sous ce règne qu'ont lieu différentes réformes et des constructions qui renforcent le caractère impérial du royaume d'Akkad. Selon la tradition, Naram-Sin n'aurait pas rendu convenablement le culte à Enlil, le plus grand dieu de la Basse Mésopotamie. Les générations postérieures ont condamné cet évènement, qui aurait jeté une malédiction sur le roi d'Akkad et ses successeurs, parce qu'il a suscité l'ire des dieux. Dans les faits, il se trouve que ce roi a fait reconstruire le grand temple du dieu. Mais les dernières années de son règne marquent effectivement le début de la fin de l'empire d'Akkad.

Pour réaliser leurs conquêtes, les rois d'Akkad se sont appuyés sur une armée très efficace leur permettant de triompher sur des champs de bataille loin de leur base, ce qui n'était pas possible pour les cités-États qu'ils ont supplanté. Les représentations iconographiques de soldats de cette période, notamment la stèle de victoire de Naram-Sin, semblent indiquer une évolution de l'armement des soldats et des techniques de combat par rapport à ce qui apparaît dans les scènes militaires de la période des dynasties archaïques (étendard d'Ur et stèle des vautours de Girsu). Les chars de combats semblent perdre de l'importance au profit de l'infanterie. Cette dernière est dotée d'un équipement plus léger que précédemment, ce qui facilite sans doute sa mobilité au détriment de sa protection. L'armement de base est constitué de masses d'armes, poignards et de lances comme précédemment, mais aussi de l'arc qui était auparavant absent des scènes militaires. L'analyse des représentations semble indiquer l'usage d'un arc composite, disposant d'une longue portée de tir, permettant la mise en place de nouvelles tactiques de combat à distance21. Les soldats d'élite (ceux que les textes désignent comme LÚ.TUKUL, « ceux de l'arme », et les nisk/qu dont le rôle n'est pas clair) constituent une armée permanente qui est entretenue grâce à la concession de champs appartenant aux domaines des institutions, comme les autres serviteurs de l'État ; ils sont renforcés par des contingents de conscrits fournis par les différents domaines institutionnels et enregistrés sur des listes, servant sans doute de façon périodique. Les troupes semblent organisées dans des unités de base de vingt hommes dirigées par des « lieutenants » (UGULA), regroupées en bataillons de soixante puis en régiments de quelques centaines de soldats (peut-être 600). Le haut commandement est constitué par des « généraux » (sumérien ŠAGIN /akkadien šakkanakkum) formant l'entourage proche du roi, puis des « capitaines » (NU.BANDA3/lapputāu)22.

La chute d'Akkad[modifier | modifier le code]

Le règne de Naram-Sin voit l'arrivée d'une nouvelle menace : les Gutis23. Ce peuple, considéré comme barbare par les Mésopotamiens et originaire des régions occidentales du Zagros, lance plusieurs raids meurtriers en Mésopotamie durant les dernières décennies de l'empire d'Akkad, et la tradition mésopotamienne que rapporte la Liste royale sumérienne lui a imputé la responsabilité de la chute de cet État, marquée par de nombreux actes de violence et d'impiété. Le règne de Shar-kali-sharri (« Roi de tous les rois »), fils de Naram-Sin qui prend le pouvoir vers 2217 (ou 2165)10, est peu documenté. Ce roi a été oublié dans les récits postérieurs sur la chute d'Akkad qui ne font référence qu'à son père24. Les inscriptions de son temps mentionnent certaines de ses campagnes vers l'Anatolie du sud-est, ainsi que des victoires en Haute Mésopotamie contre les Amorrites, peuple sémite qui apparaît alors. Aux abords immédiats du pays d'Akkad, à l'est, il doit repousser une attaque élamite, ainsi qu'une autre des Gutis. Cela pourrait indiquer un affaiblissement du royaume. Shar-kali-sharri semble avoir des ambitions plus modestes que son père, se proclamant simplement « roi d'Akkad ».

Pourtant, l'État d'Akkad semble bien survivre quelques décennies après sa mort qui survient vers 2193 (ou 2140)10, même s'il est considérablement réduit en taille et se limite probablement au nord de la Babylonie autour d'Akkad et Kish, puisque la Liste royale sumérienne lui attribue plusieurs successeurs. De l'un d'entre eux, Dudu, sont connues quelques inscriptions d'offrandes et des mentions de campagnes militaires sans doute destinées à préserver les restes de son royaume, tandis que son successeur Shu-turul est connu seulement par une poignée d'inscriptions votives25. La chute d'Akkad fut donc progressive.

La Liste royale prétend que des rois Gutis succédèrent à la domination des rois d'Akkad. Mais la chronologie de cette période est discutée, car on ne dispose plus de sources abondantes avant les débuts de la troisième dynastie d'Ur, empire successeur de celui d'Akkad, datés des alentours de 211226. Selon une proposition de Jean-Jacques Glassner, trente ans seulement sépareraient la chute d'Akkad du début d'Ur III27. Il semble que l'affaiblissement progressif de l'empire ait laissé la place à de nouvelles ambitions, dont celles des rois Gutis, mais aussi de personnages originaires des différentes régions de l'empire ou de son voisinage, qui prennent alors leur indépendance, comme cela est attesté à Suse avec Puzur-Inshushinak qui a mené des incursions vers Akkad, en Haute Mésopotamie avec Tish-atal à Urkesh (Tell Mozan) ou dans le pays de Sumer à Lagash avec la « dynastie » de Gudea, ou encore à Uruk avec le royaume d'Utu-hegal, qui est à l'origine de celui de la dynastie d'Ur III fondée par son frère Ur-Nammu après un coup d'État.

Les causes de la chute du royaume d'Akkad restent donc mystérieuses. Comme cela a été évoqué, l'explication par les invasions de « Barbares » extérieurs, les Gutis, qui a été retenue par la tradition mésopotamienne est désormais relativisée, sans être complètement rejetée. Certaines hypothèses suggèrent qu'un changement climatique, affectant les sites de Haute Mésopotamie, aurait pu influer sur ce déclin en entraînant la désertification de certaines régions et des mouvements de population (les Amorrites surtout), mais cela reste très débattu. Les causes du déclin de l'habitat dans cette région peuvent être à chercher ailleurs, notamment dans des recompositions sociales privilégiant le mode de vie sédentaire, et du reste plusieurs sites importants restent peuplés et actifs après la période d'Akkad28. Il faut sans doute réévaluer les facteurs internes : durant le siècle qu'a duré leur hégémonie, les rois d'Akkad n'ont jamais été en mesure de faire taire les velléités d'indépendance des cités-État soumises par Sargon, qui se sont régulièrement soulevées et ont su rapidement recouvrer leur autonomie lorsque leur autorité s'est affaissée29.

Idée, image et exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Le « premier empire »[modifier | modifier le code]


Photographie d'une coquille de murex (un mollusque gastéropode marin) gravée d'un carré subdivisé en 3 bandes rectangulaires contenant chacune un dessin. Cette inscription n'a donc pas encore les traits caractéristiques de l'écriture cunéiforme.


Murex portant le nom de Rimush, « roi de Kish », c. 2270, musée du Louvre.
Avec Akkad, pour la première fois dans l'histoire du Moyen-Orient apparaît une grande construction étatique englobant pour plusieurs décennies un ensemble d'anciens micro-États30. Cela entraîne progressivement un changement dans la conception de la fonction du souverain. Auparavant lié au cadre de la cité-État, celui-ci avait un rôle limité dans l'espace. Avec la constitution d'un vaste royaume sous la dynastie d'Akkad, le souverain prend peu à peu une nouvelle dimension. Cela est surtout perceptible sous le règne de Naram-Sin, qui développe une véritable pensée « impériale »31. Il se dit « Roi des quatre rives (de la terre) » (c'est-à-dire de tout le monde connu), ce qui traduit une ambition de domination universelle, inédite dans le monde mésopotamien32. De plus, nouveauté là aussi, dans ses inscriptions officielles il fait précéder son nom du déterminatif de la divinité, se fait à plusieurs reprises qualifier de « dieu d'Akkad », et dans les représentations il porte la tiare à cornes, attribut des dieux : le roi est donc d'essence divine. Même s'il n'est pas forcément considéré comme une divinité à part entière, il est au-dessus des autres hommes33,34. On a donc les traits d'un « empereur » qui veut se démarquer des autres rois par son essence, son charisme et ses ambitions.

L'apparition d'une idéologie de nature impériale à l'époque d'Akkad n'est cependant pas une véritable révolution. On a longtemps voulu voir en Sargon un pionnier, mais il se situe en fait dans la continuité de plusieurs souverains de Basse Mésopotamie dont la puissance avait déjà excédé celle des rois de cités-États ordinaires. Une grande place doit être accordée à Lugal-zagesi, roi originaire d'Umma mais établi à Uruk, et prédécesseur direct de Sargon, dont il a vraisemblablement inspiré l'œuvre politique35. De plus, Sargon débute ses conquêtes à partir du royaume de Kish, qui est depuis plusieurs siècles l'un des plus puissants de la Basse Mésopotamie et a une grande influence politique voire culturelle36. Du reste, la tradition idéologique n'est réellement bousculée que sous les successeurs de Sargon, particulièrement Naram-Sin. Progressivement un nouvel art royal apparaît, suivant l'évolution de la conception de la royauté, et on met en place une administration centralisée sur les cadres territoriaux anciens. On effectue une standardisation des textes administratifs, qui sont écrits dans tous les centres provinciaux de l'empire avec une même graphie et dans un même type d'akkadien, pour être plus facilement compris et contrôlés par un personnel homogène sur tout le territoire, alors que pour les textes non officiels subsistent les habitudes locales37.


Photographie d'un bas-relief. On y reconnaît quatre personnages : à gauche un archer debout à l'arc bandé, à ses pieds un homme couché à terre, au centre un homme debout qui tient d'une main le quatrième (également debout) par la tête et s'apprête à lui porter le coup fatal de l'autre main.


Scène de combat, détail d'une stèle fragmentaire du règne de Rimush ou de Naram-Sin, musée du Louvre.
Les continuités semblent importantes, le souverain continuant à diriger l'État de manière traditionnelle. Comme les rois précédents, il se présente comme étant l'élu des dieux, cherchant à accomplir leur volonté. La grande divinité patronnant la dynastie d'Akkad est Ishtar (Inanna pour les Sumériens), qui dispose d'un grand temple dans la capitale du royaume31. Mais le pourvoyeur de la royauté reste le grand dieu sumérien Enlil, comme le veut la tradition de Basse Mésopotamie. Dans la pratique, le souverain gouverne entouré de ses fidèles, auxquels il octroie de nombreux présents (notamment des terres) et il contrôle les temples qui sont les institutions majeures dans la société. Les personnages les plus hauts placés et les gouverneurs des régions-clés sont souvent issus de la famille royale ou liés de près à elle30. Les princes sont parfois nommés gouverneurs, comme les fils de Naram-Sin placés à Marad (en), Tuttul et Kazallu (en). Les princesses étaient souvent consacrées prêtresses des grands temples du sud mésopotamien : Enheduanna fille de Sargon (connue par les poèmes qui lui sont attribués) dans le temple de Nanna à Ur, Enmenana fille de Naram-Sin dans le même temple, et sa sœur Tuta-napshum, grande prêtresse d'Enlil à Nippur. L'élite de la puissante armée akkadienne est encadrée par les proches du roi (en premier lieu les généraux) et constitue une sorte de garde royale22.

La question de savoir dans quelle mesure on peut qualifier l'État d'Akkad de « premier empire » reste donc débattue38 : il est moins novateur qu'on ne l'a longtemps pensé, et est une construction peu durable dont les structures ont été garantes d'une stabilité limitée. Si par bien des traits il a de fait les attributs traditionnellement attribués à un empire par les historiens, archéologues et anthropologues, il en manque cependant certains : en particulier, l'influence de la culture matérielle du centre sur les territoires conquis et voisins semble limitée alors que les empires ont généralement un rayonnement fort, tandis que son autorité n'a jamais été fermement établie et durablement assurée, même dans les régions centrales39. La véritable révolution est plutôt à chercher dans l'apparition d'un « impérialisme ». Ce dernier se retrouve dans la façon dont est pensé et exercé le pouvoir : la centralisation autour de la figure royale qui incarne le royaume, prétend à la divinité et à la domination universelle ; la nécessité de la victoire militaire qui assure l'existence et la survie de l'État et de la famille royale ; l'acquisition (grâce aux conquêtes) d'une importante assise foncière pour le régime incarné par le roi et son entourage40. On peut donc considérer que s'il y a bien un aspect impérial dans cette construction politique, il se trouve dans le cercle du pouvoir et dans l'idéologie qu'il cherche à répandre par le biais des inscriptions et des réalisations artistiques officielles. Ces dernières ont servi à faire survivre aux époques postérieures le modèle politique façonné par cet État, qui a ainsi été une étape décisive dans l'affirmation d'une idéologie impériale dans l'histoire mésopotamienne. Et on peut se demander si cette glorification posthume n'influence pas aussi la perception que les chercheurs actuels ont de la construction politique des « empereurs » d'Akkad41.

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John Descartes
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MessageSujet: Re: 1 ier cours d histoire de l antiquité    Mer 20 Jan - 17:14

le cours commence demain bonjour les élèves prenez en note se qu'il y a au tableau et avez vous des questions je suis la pour repondre .

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MessageSujet: Re: 1 ier cours d histoire de l antiquité    

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1 ier cours d histoire de l antiquité
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